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12Juin/120

Comment les CDS auront tue l’Euro

Et les spéculateurs de CDS (Credit-default Swaps) qui ne paient pas d’impôts ? Pourquoi on en parle jamais ? On parle beaucoup des Grecs qui ne paient pas d’impôts et, en ce moment, en raison de la maladresse de certains, on parle aussi des fonctionnaires internationaux, en particulier ceux du Fonds Monétaire International, qui ne paient pas d’impôts, mais sur les spéculateurs de CDS qui ne paient pas d’impôts, allez savoir pourquoi ? Motus !

Il faut dire que ce n’est pas si simple de savoir qui ils sont exactement puisqu’ils font partie du shadow banking, le secteur financier de l’ombre. C’est quoi ça ? C’est la finance non-régulée. Pourquoi n’est-elle pas régulée ? Parce que c’est elle qui paie les salaires des lobbyistes qui rédigent les textes de lois réglementant la finance (et parfois les autres) que les députés reçoivent clé en main et n’ont plus qu’à signer.

Étant dans l’ombre, on ne sait donc pas vraiment qui c’est. N’expliquent-ils jamais qui ils sont vraiment ? Si, d’une certaine manière : quand un spéculateur parle en son nom, il emploie toujours la même expression : « un bon père de famille ». Quand un spéculateur explique ce qu’il fait, il commence sa phrase par « Un bon père de famille fait ceci ou ça… ». Dans la suite de mon billet, j’appellerai donc les spéculateurs, « bons pères de famille », et on saura de qui je parle.

Au moment où se préparait la chute de la Grèce, on parlait beaucoup de la responsabilité des CDS dans ce qui se passait. Maintenant, à propos de l’Espagne, motus là aussi ! On ne parle plus des CDS, pourquoi ? Je ne sais pas, ou alors si, comme dit la chanson : « On n’oublie rien de rien, on s’habitue, c’est tout ».

Comment les CDS auront tué l’Euro ? J’explique. Je rappelle d’abord qu’un CDS peut jouer le rôle d’une assurance sur une dette. Vous avez prêté 100 € à Oscar. Comme vous n’êtes pas sûr qu’il vous les rendra, vous vous adressez à Eusèbe, qui vous assurera. Vous allez payer 5 € tous les mois à Eusèbe, et en échange de cette prime, Eusèbe vous paiera l’argent qui manque à l’arrivée. Oscar ne vous rembourse que 75 € ? Eusèbe vous donnera les 25 € qui manquent. Oscar a pris la poudre d’escampette ? Eusèbe vous versera, rubis sur l’ongle, les 100 € manquants.

Ça, c’est pour ce qu’on appelle une position « de couverture » sur CDS. Maintenant, les positions « nues ». Attention, c’est plus compliqué, parce qu’il y a maintenant quatre personnes : il y a Jules et Gontran en plus. Jules a prêté 100 € à Gontran. Je me rends chez Eusèbe et je lui demande de m’assurer contre le fait que Gontran ne remboursera peut-être pas Jules. Pourquoi est-ce que je ferais ça ? Parce que je suis un bon père de famille, pardi ! (Il y a des gens, je vous jure, qui posent de drôles de questions !).

Je ne vous expliquerai pas pourquoi on a pris l’habitude d’appeler une position « nue » sur CDS : « s’assurer sur la bagnole du voisin », je crois que vous avez compris.

Les positions « nues » sur CDS seront interdites en Europe à partir du mois du novembre. Pourquoi a-t-on attendu si longtemps alors que les positions « nues » sur CDS faisaient déjà chuter la Grèce en janvier 2010 ? Là aussi, je vous jure, il y en a qui posent de drôles de questions ! parce qu’il restait l’Espagne, l’Italie, la France…, à envoyer à la casse, et qu’on pourra revendre par morceaux à un prix intéressant aux pères de famille (prévoyants) qui auront fait des économies.

Comment font les bons pères de famille pour faire tomber des pays ? Là aussi, je vais vite : ils s’assurent sur le pays du voisin. Comme ils sont (au moins) quatre fois plus nombreux que ceux qui s’assurent sur leur vrai pays (et qui ont vraiment quelque chose à perdre), ils gonflent la demande et font monter le prix.

Pendant ce temps-là les économistes qui regardent ça se disent : « Mince alors, regardez comme le risque augmente que Gontran ne rembourse pas Jules ! Ça donne les jetons ! »

Les économistes ne comprennent donc pas que ce sont les bons pères de famille qui font monter les prix ? Non, dans leurs livres d’économistes, la spéculation n’existe pas : ça n’est pas expliqué. Si, il y a une note en bas de page qui dit : « Les bons pères de famille apportent de la liquidité sur les marchés ». Point à la ligne.

Le prix de la prime de CDS augmente, parce que la demande augmente. Les économistes calculent le risque que les pays ne remboursent pas leur dette en faisant le calcul dans l’autre direction : à partir du montant de la prime du CDS.

Résultat, le jour où Gontran se représente, le marché des capitaux lui demande pour lui prêter, un taux d’intérêt dans lequel on a glissé (on appelle ça le spread dans les journaux) la prime de risque du marché des CDS (véritables assurés ET bons pères de famille), et hop, on demande à Gontran pour emprunter pendant 10 ans, un taux d’intérêt de 28,9 % (comme la Grèce en ce moment sur Bloomberg), et c’est fini pour Gontran : la Troïka frappe déjà à sa porte pour lui expliquer comment on devient serf, et qu’après tout, ce n’est pas si grave.

Attendez, attendez, ce n’est pas fini : le plus drôle vient encore ! Un assureur, on lui demande de faire des réserves, non ? Comme ça, si quelque chose se passe d’imprévu, il pourra puiser dans ses réserves. Dans la plupart des cas, ça suffira, et si ça ne suffit pas, ben, le problème ne se posera que pour la différence entre la somme à payer et les réserves, qui auront au moins joué le rôle d’amortisseur. Mais dans le cas des CDS (et là, j’en vois qui se fendent la pipe parce qu’ils savent déjà ce que je vais dire), les CDS, c’est le shadow banking, le secteur de l’ombre, non ? Et à quoi ça servirait d’être le secteur de l’ombre, si dans le secteur de l’ombre on était obligé de faire des réserves comme dans le (crétin de) secteur de la lumière ?

Donc, pas de réserves pour amortir le choc en cas de pépin, et comme il y a, je l’ai dit (au moins) quatre fois plus de pères de famille qui se sont assurés sur le pays du voisin que ceux qui couraient vraiment un risque…

Et voilà pourquoi votre fille est muette, et les CDS auront tué l’euro (enfin, au moins lui, vu que, de la manière dont c’est parti…).

(*) Ceci est un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici

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